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Mon nom est Personne…

par Shunkawakan le 22 oct., 2009, dans Western

Mon nom est Personne
Mon nom est Personne

Western spaghetti de Tonino Valerii et Sergio Leone sorti à l’écran en 1973. Son titre original est « Il mio nome è Nessuno ».

L’action se déroule à la fin de la conquête de l’Ouest. Jack Beauregard (Henry Fonda), un héros vieillissant, tueur implacable de son état, veut qu’on le laisse vivre en paix, mais doit souvent affronter de jeunes têtes brûlées espérant se faire un nom en tuant la légende. Il est admiré par un jeune cow-boy, Personne (Terence Hill), qui veut le voir accomplir un dernier exploit : affronter à lui tout seul la « Horde sauvage », pour entrer dans l’Histoire.

Le film se présente comme une « parodie sérieuse » du western classique. En effet, contrairement à ce que l’on pense généralement, les westerns spaghettis de Sergio Leone doivent être considérés comme une représentation italienne du western classique, et non comme sa critique.
Sergio Leone a toujours été un grand admirateur de John Ford, et sa vision de l’ouest se situe dans la continuité de celle du réalisateur américain. Une vision avant tout moraliste, mais pas moralisatrice: c’est pour cela que l’on prend souvent à tort la galerie de personnage de Leone pour une simple glorification de l’a-moralité, alors qu’il ne s’agit que d’une représentation nouvelle du classicisme fordien.
De plus, chez les deux réalisateurs, ce n’est pas « l’ouest vrai » qu’on tente de représenter, puisque c’est par définition impossible, mais c’est sa légende, telle que l’on veut se la représenter.
John Ford avait entamé ce travail de démythification avec La prisonnière du désert en 1956 ou « L’Homme qui tua Liberty Valance » en 1962. C’est dire si Sergio Leone savait qu’il se situait dans la grande tradition du western américain. Simplement, comme son idole, il travaillait à un changement de cap déjà entamé depuis plus de 10 ans. En fait, Sergio Leone et son assistant Tonino Valerii savent que la principale critique du western américain vient de l’intérieur.
S’ils se veulent des rénovateurs, ils restent des admirateurs, ce qui est compréhensible. Or le metteur en scène qui dynamite le western à cette époque est Sam Peckinpah. Il est d’ailleurs la seule référence explicitement nommée dans le film: d’abord à travers le nom du groupe de tueurs, La Horde sauvage; c’est aussi le nom de Sam Peckinpah qui apparaît sur une tombe lors de la scène du cimetière Navajo. On ne peut ignorer le symbolisme évident de cette scène.
On dit que Sergio Leone a eu l’idée d’un tel film après avoir vu la série des « Trinita », série de films parodiques ayant rencontré plus de succès que les siens. Il voulut offrir à Terence Hill un rôle dans un film plus ambitieux, qui ne serait ni seulement dans la continuité du western classique (puisque son « Il était une fois dans l’ouest » clôturait ce cycle), ni seulement une parodie un peu stupide du genre de « Trinita », ni enfin seulement une conclusion nihiliste et lucide de la fin de l’ouest bouffé par l’industrialisation du monde moderne.

Terence Hill
Terence Hill

« Mon nom est personne » se veut une synthèse de tout cela. C’est ce qui fait sa force et sa faiblesse: les références classiques, comme la présence d’Henry Fonda ou les magnifiques plans larges du désert, côtoient les blagues les plus triviales, les duels les plus farfelus, un jeu d’acteur « surjoué » et même une dénonciation du racisme ambiant de l’époque.
Mais au final, comme toute bonne parodie, le film est un véritable hommage lucide à ses maîtres classiques: la conclusion Fordienne en est la même que dans « L’Homme qui tua Liberty Valance » : « Dans l’Ouest, c’est la légende qu’on imprime ». L’une des répliques de Personne à Beauregard est d’ailleurs: « Tu finiras dans les livres d’Histoire ».
Comme dans les films de Sam Peckinpah, cette légende naît avec la fin d’un ordre ancien, celui de la conquête, et l’avènement d’un nouveau, celui d’une société moderne structurée. L’histoire du film se déroule symboliquement en 1899. Le personnage de Jack Beauregard marque la fin des héros cow-boys romantiques, tels que la légende de l’ouest nous les présente, passant la main à la jeune génération représentée par Personne. D’ailleurs, à la question de savoir comment « sortir des livres d’Histoire » où il l’a maintenant fait rentrer, Personne répond à Beauregard qu’il « doit mourir ». La lettre finale écrite par Jack Beauregard à Personne résume parfaitement ce fait : « C’est ton siècle, ce n’est plus le mien ».
Enfin, la musique d’Ennio Morricone est une constante et amusante auto-parodie. Il recycle bon nombre de ses anciennes compositions parmi les plus célèbres. Cependant, le génie du compositeur s’exprime lorsque, dépassant le simple plaisir de se moquer de lui-même, il parvient à dépasser ce stade pour offrir une série de mélodies imparables. À noter qu’il revisite avec beaucoup d’humour La Chevauchée des Walkyries, pour désamorcer le côté épique de la scène et du morceau.

Terence Hill
Terence Hill

Le personnage de « Personne », joué par Terence Hill est au centre du film. Son caractère explique en grande partie le succès du film.

« Personne » est resté un grand enfant, il semble s’amuser de tout, de toutes les situations, tout en gardant une grande maîtrise de celles-ci. Il a gardé une âme d’enfant facétieux, capable à tout moment de faire une farce aux gens qu’il croise. Il admire Jack Beauregard comme un enfant admirant son idole, et collectionne tout ce qu’il peut sur lui : renseignements, objets, etc. Dans une scène du film, le fait de se regarder fièrement dans un miroir avec le chapeau de Jack Beauregard est typique des réactions enfantines.

Les situations comiques sont nombreuses, renforcées par moult références au monde des enfants : fête foraine, attraction du train fantôme, comptines pour enfants chantées par des chœurs d’enfants, etc.

La réplique dite par Jack Beauregard à Personne à propos de la horde sauvage « Apprends d’abord à devenir quelqu’un, et nous irons ensuite les encercler », sonne comme un appel à grandir et à mûrir.

Citations …

  • « Le seul moyen d’allonger la vie, c’est d’essayer de ne pas la raccourcir. »
  • « Bienheureux celui qui partage avec son prochain le poids de la vie. »
  • « Je préfère être mort par ma faute qu’être vivant par la tienne. »
  • « On rencontre quelques fois son destin sur la route qu’on a pris pour l’éviter. »
  • « Il est souvent plus difficile de finir que de commencer. »
  • (la fable du poussin, de la vache et du coyote) « Ceux qui te mettent dans la merde ne le font pas toujours pour ton malheur, ceux qui t’en sortent ne le font pas toujours pour ton bonheur, alors quand tu es dans la merde, tais-toi ! »
  • « La Distance rend l’amitié plus chère, et l’absence la rend plus douce ».
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