Les Sentiers de la gloire
par Shunkawakan le 29 juil. 2010, dans Films pour Chloé...
Les Sentiers de la gloire (Paths of Glory) est un film de guerre américain de Stanley Kubrick, en noir et blanc, sorti en 1957, d’après le livre du même titre d’Humphrey Cobb paru en 1935.
Synopsis :
En 1916, la guerre s’est enlisée depuis longtemps dans les tranchées. Le général Broulard, chef de l’état-major, incite le général Mireau, lui faisant miroiter de l’avancement, à donner l’assaut à une très solide position allemande, la Cote 110 (nommée « la Fourmilière » dans la VO) et ce, sans renforts ni préparatifs. Mais le régiment, mené par le colonel Dax, est repoussé par le feu ennemi et doit se replier avec de lourdes pertes. Observant la scène, le général Mireau s’aperçoit qu’une partie des hommes n’a pas quitté les tranchées et, de rage, décide de faire tirer sur ses propres troupes pour les forcer à attaquer. Mais son ordre, transmis oralement uniquement, est refusé par l’officier responsable de l’artillerie.
Devant cet échec personnel, le général Mireau décide alors de traduire en conseil de guerre le régiment pour « lâcheté ». Il souhaite que des centaines de ses hommes soient exécutés. Le colonel Dax s’insurge contre cette idée qu’il juge révoltante. Finalement le général Broulard décide d’un compromis : seuls trois hommes, un par compagnie, seront jugés.
Ecoeuré, le colonel Dax, brillant avocat dans le civil, demande alors l’autorisation au général Broulard de défendre les trois hommes qui seront désignés. Mais tout son talent ne pourra l’aider à infléchir les juges pour qui la sentence ne fait aucun doute : les soldats seront fusillés le lendemain.
En dernier recours, le colonel Dax décide de retrouver le général Broulard, pour lui apporter les preuves que le général Mireau avait ordonné à son artillerie de tirer sur ses propres troupes pendant l’attaque. Ceci n’empêchera pas l’exécution des trois soldats mais le général Broulard utilisera cette carte pour ordonner une enquête sur les agissements du général Mireau et offrir ainsi son poste au colonel Dax, croyant que celui-ci a agi par pure ambition. Dax refuse de façon véhémente cet avancement, écoeuré par le cynisme du général, et s’empresse de retourner auprès de ses hommes.
Contexte historique :
Ce film s’inspire de plusieurs faits réels. Pendant la Première Guerre mondiale, environ 2 500 soldats français ont été condamnés à mort par les conseils de guerre, dont un peu plus de 600 furent réellement fusillés « pour l’exemple » par l’armée pour des motifs divers (abandon de poste, mutilations volontaires, refus d’obéissance, etc.), les autres ayant vu leur peine commuée en travaux forcés.
Stanley Kubrick s’appuie entre autres sur l’affaire des caporaux de Souain où le général Réveilhac aurait fait tirer sur son propre régiment refusant de sortir des tranchées lors d’un assaut impossible, avant de faire exécuter quatre caporaux le 17 mars 1915 ; ils seront réhabilités en 1934. La justice militaire était devenue une justice d’exception depuis des décrets d’août et septembre 1914 : le sursis, le recours en révision, les circonstances atténuantes et le droit de grâce étaient supprimés.
L’épisode du soldat sur une civière qu’on ranime pour le fusiller s’inspire lui d’un autre cas, celui véridique du sous-lieutenant Jean-Julien-Marius Chapelant exécuté le 11 octobre 1914 après une parodie de procès. Gravement blessé aux jambes depuis plusieurs jours, incapable de tenir debout, épuisé moralement et physiquement, le sous-lieutenant Chapelant avait alors été ficelé sur son brancard et celui-ci posé le long d’un arbre pour qu’on puisse le fusiller. Inhumé au cimetière d’Ampuis où il est né, sa tombe a été honorée par l’Union des mutilés et anciens combattants qui y ont apposé une plaque de marbre portant l’inscription suivante : « Les anciens combattants à leur frère d’armes Jean Julien Marius Chapelant, martyr des cours martiales ».
C’est un film de guerre mais surtout un film contre l’armée. Il dénonce des rapports sociaux profondément viciés, et la résistance désespérée que leur offrira un homme, le colonel Dax. L’opposition, à la différence du film de guerre classique, ne passe donc pas entre deux camps mais entre les officiers et les soldats d’un même camp, les uns jouant leur promotion, les autres leur vie (on ne voit jamais les Allemands).
Fusillés pour l’exemple, la réalité de la Grande Guerre ! :
Parmi les 600 fusillés pour l’exemple, certains sont restés dans les mémoires, soit parce qu’ils ont été réhabilités, soit parce qu’ils sont représentatifs du traitement qu’ont subi leurs confrères.
1914
Eugène Bouret, du 48e régiment d’artillerie, victime du « Shell-Shock » le 29 août 1914, il s’égare et erre à l’arrière du front. Il est arrêté, jugé pour abandon de poste et fusillé avec cinq autres co-accusés le 7 septembre. Il sera réhabilité dès 1917.
Marcel Loiseau, du 106e régiment d’infanterie, blessé se rend à l’infirmerie. Il est accusé d’abandon de poste avec mutilation volontaire et fusillé le 12 octobre 1914 à Mouilly. Il est réhabilité en 1922, l’accusation étant infondée.
Les Martyrs de Vingré, du 298e régiment d’infanterie, le caporal Henri Floch, les soldats Jean Blanchard, Francisque Durantet, Pierre Gay, Claude Pettelet et Jean Quinault, réhabilités solennellement par la Cour de Cassation le 29 janvier 1921.
Léonard Leymarie, du 305e régiment d’infanterie, condamné pour mutilation volontaire, n’a pu être réhabilité mais son décès porte la mention « Mort pour la France ».
Élie Lescop, du 336e régiment d’infanterie, fusillé le 18 octobre 1914, pour abandon de poste et mutilation volontaire, à Souain. Il est réhabilité par la Cour spéciale de justice militaire en 1934.
Jean-Julien Chapelant, sous-lieutenant commandant la 3e section de mitrailleuses du 98e régiment d’infanterie, a été capturé avec une poignée de survivants. Blessé, il réussit à regagner les lignes françaises. Pourtant, il sera condamné à mort pour « capitulation en rase campagne ». Le 10 octobre 1914, il sera fusillé attaché à son brancard dressé contre un pommier.
1915
Félix Baudy, maçon de la Creuse a été fusillé avec le soldat François Fontanaud, le caporal Antoine Morange et le soldat Henri Prébost, suite au refus collectif de sa compagnie, du 63e régiment d’infanterie, de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice, cette dernière comprenant des anciens combattants.
Les soldats Camille Chemin et Édouard Pillet, du 37e régiment d’infanterie coloniale, ont été condamnés à mort à cause d’un malentendu. Leur capitaine les a désignés pour rester à l’arrière afin de surveiller des sacs. Un nouveau capitaine est nommé, celui-ci les considère comme déserteurs. Ils sont condamnés et exécutés. Ils seront réhabilités en 1934.
Lucien Bersot, du 60e régiment d’infanterie, condamné à mort pour refus d’obéissance; il avait refusé de porter un pantalon en loques et maculé de sang. Il a été réhabilité en 1922.
Les caporaux de Souain, les quatre caporaux Théophile Maupas, Louis Lefoulon, Lucien Lechat, et Louis Girard, du 336e régiment d’infanterie, ont été condamnés suite au refus collectif de la compagnie de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice, cette dernière comprenant des anciens combattants.
Auguste Gonsard, soldat du 104e régiment d’infanterie, condamné à mort et fusillé en mars, pour abandon de poste par automutilation. Il fut réhabilité en 1925.
Joseph Gabrielli, soldat du 140e régiment d’infanterie. Pauvre d’esprit, illettré et ne parlant que le corse, il avait perdu le contact avec sa compagnie après s’être fait soigner d’une blessure reçue lors d’une attaque. Condamné pour abandon de poste le 14 juin 1915 et fusillé le jour même, il fut réhabilité par la Cour spéciale de justice en 1933.
1916
Les sous-lieutenants Henri Herduin et Pierre Millant, du 347e régiment d’infanterie. Pour s’être repliés sur Verdun alors qu’ils étaient à court de munitions et dans l’impossibilité de recevoir des renforts, sauvant ce qui restait de leur compagnie (une quarantaine d’hommes), ils furent exécutés sans jugement à Fleury-devant-Douaumont le 11 juin 1916. En 1921, Louis Barthou le Ministre de la guerre, écrit aux familles en indiquant, que les deux fusillés sont morts pour la France alors que ces fusillés ne sont pas réhabilités juridiquement. Ces compensations honorifiques et militaires sont complétés par des réparations financières. Ils seront réhabilités officiellement en 1926.
Le soldat Le Dû fusillé en septembre 1916, dans l’Oise, pour rébellion.
1917
Le caporal Joseph Dauphin, du 70e bataillon de chasseurs à pied condamné à mort car sous l’effet de l’alcool (les permissions avaient été refusées), il aurait tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des propos séditieux. Avant cette condamnation il avait reçu en 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat. Il n’a pas été réhabilité.
François Marie Laurent du 247e régiment d’infanterie, originaire de Mellionnec est souvent cité comme ayant été exécuté « parce que ce Breton ne savait pas le français ». N. Offenstadt produit (page 41) le certificat du médecin militaire, le docteur Buy, qui le soupçonne de mutilation volontaire, alors qu’il est blessé à la main gauche. La contre-expertise de 1933 conclut que la pièce médicale du dossier est insuffisante pour prouver une mutilation volontaire. Il est réhabilité en 1934.
No comment !!
PS : Merci Wikipedia !

